La Caisse – Souvenir à la table

Pour ce premier Souvenir à la table j’ai décidé de vous parler un peu de Constellations. Constellations, c’est mon bébé. En se basant sur le système de Chroniques Galactiques paru dans Casus Belli il y a quelques années (excellent système par ailleurs, je dis ça tout à fait innocemment bien sûr ;D), on a monté notre propre cadre de campagne, qui a bien évolué au cours du temps. On y a joué pendant près de cinq ans, en enchaînant six campagnes différentes.

L’épisode que je vais vous raconter aujourd’hui a eu lieu vers le début de cette grande épopée, mais c’était tout de même plutôt proche de la fin de notre première campagne.

La guerre est encore plus froide dans l’espace

Je replace le contexte : dans un futur moyennement proche le système solaire a été colonisé par l’humanité et un climat de guerre froide s’est établi après que les nouvelles planètes terraformées aient pris leur indépendance de la Terre. Un beau jour malheureusement le climat se réchauffe nettement à la suite d’un attentat et la Grande Guerre Solarienne éclate entre la Terre et Mars. Nos PJ incarnent les membres d’une petite unité secrète de l’armée Martienne. Des sortes de barbouzes de l’espace en somme, chargés d’effectuer le sale boulot ou les missions qui ne peuvent être confiées à des unités plus conventionnelles.

Passée la moitié de la campagne, les PJ réalisent qu’il existe une conspiration, un groupe de hauts placés dans les gouvernements et les amirautés des différents mondes. Le patron des PJ, qui n’appartient pas à ladite conspiration, décide d’infiltrer deux de ses agents dans leurs rangs.

C’est ainsi que le courageux et autoritaire Tarkis Tariel, joué par Arthur (que je remercie pour les relectures !) et le torturé et audacieux Cid Mower, joué par Paul, sont envoyés sur Terre incognito pour approcher un responsable potentiel de cette organisation et rejoindre ses rangs.

Jouant la carte du « on a découvert votre organisation et on a été une sacrée épine dans le pied mais justement ça ferait de nous de très bonnes recrues si vous nous donnez des avantages sociaux », les deux espions parviennent à décrocher une « mission test » pour le compte des conspirateurs. S’ils l’accomplissent, ils auront la possibilité de rencontrer d’autres membres de l’organisation, et ainsi de commencer véritablement leur double jeu.

Ils apprennent ainsi l’existence d’un vaisseau de surveillance Martien proche de l’orbite terrestre. Déguisé en vaisseau scientifique Terrien, il observe en réalité minutieusement certaines activités satellites de la planète bleue et les retransmet sur la planète rouge. Son équipage est composé de deux courageux espions Martiens qui, s’ils venaient à être découverts, mériteraient l’exécution sans sommation. La mission des conspirateurs est claire : pour prouver leur loyauté, Tarkis et Cid doivent pulvériser ce vaisseau et son équipage et apporter les preuves du massacre.

Notre première session finit sur cette demande et sur la mine déconfite de mes deux joueurs qui pèsent le pour et le contre. « C’est un sacrifice nécessaire ! » « On ne va tout de même pas assassiner deux des nôtres ! » « On en discutera la prochaine fois… »

Le Plan

Mon rire démoniaque a dû résonner dans l’esprit d’Arthur car, quelques jours plus tard et alors que la séance suivante approchait, il me prévient qu’il a mis au point un plan génial. « Tu verras, on va réussir la mission au top sans tuer l’équipage. » m’annonce-t-il avec un enthousiasme presque communicatif.

Et à la séance suivante, les préparatifs commencent. Mes deux joueurs me préviennent qu’ils vont commencer par se dégoter de fausses identités. Ceci étant fait, ils décident de s’infiltrer dans une morgue, de falsifier les registres et de repartir avec deux corps de taille et de poids similaires aux deux espions du vaisseau qu’ils doivent abattre.

Après cela, ils font l’acquisition d’une caisse. Pas n’importe quelle caisse. LA Caisse. Un container de marchandise blindé, qu’ils aménagent de manière à bloquer les émissions de chaleur ou les rayonnements de ce qui pourrait se trouver à l’intérieur.

Mes deux PJ positionnent leur vieux vaisseau qui en a vu d’autres sur la trajectoire de leur cible, avec Cid aux commandes. Tarkis, quant à lui, s’assure d’être envoyé sur le vaisseau scientifique via le ravitaillement régulier de celui-ci. Il s’enferme donc dans la Caisse en compagnie des deux macchabés récupérés à la morgue. Une fois cette dernière ouverte, il prévient les deux membres d’équipage (il y est allé en personne pour éviter de laisser des pistes de communication). Il leur explique qu’il va les exfiltrer tout en dissimulant leur mort. Le plan est de sortir les deux corps et de les entreposer dans le vaisseau. L’équipage et Tarquis se placeront alors dans la Caisse et l’éjecteront au moment précis où Cid détruira le vaisseau, la faisant passer pour un débri. On retrouvera deux corps carbonisés impossible à identifier, la cible sera détruite, mais il n’y aura eu aucune perte réelle. Les PJ pourront s’infiltrer et les deux espions reviendront sur Mars sans plus de dommage.

Si bien ficelé…

Je dois bien avouer qu’à ce stade j’étais impressionné. J’avais prévu de faire de cette mission un dilemme, et ils avaient réussi à me la retourner complètement pour s’en sortir brillamment vainqueurs. Le plan était très bon. Plus que très bon même, Arthur avait pensé à tout ! Mais il y a des choses qui ne s’anticipent pas…

Les corps sont donc sortis de la Caisse, et l’équipage ainsi que Tarkis sont placés dedans, en combinaisons de survie, près à la larguer dès le signal donné. Ce dernier est transmis par des voyants lumineux (toujours dans le but de rester discret), la Caisse est éjectée et Cid fait tirer le vaisseau. Je demande à Paul un test de tir. Chroniques Galactiques fonctionne avec des dés 20, un 1 représentant un échec critique, un 20 une réussite critique, et entre les deux s’échelonnent toutes les autres possibilités. Il obtient 12. Je lui décrit que la Caisse est éjectée, que le vieux vaisseau pousse un ronflement sonore, que les canons tirent une salve laser qui disloque le frêle bâtiment scientifique. 

Parce que je suis taquin, je l’informe alors de ceci : « Cid, tu as détruit le vaisseau, mais tu n’as pas touché son réacteur principal. Il n’y a pas eu d’explosion en chaîne, ce qui fait que tu es dans l’incapacité de savoir dans quel état sont les deux corps qui se trouvent à l’intérieur. » Je dois vous avouer que je m’attendais à une réponse type « Je préviens Tarkis de la situation pour qu’il aille vérifier les corps. » Ou même « Bon bah j’enfile ma combinaison pour aller vérifier la situation à bord. »

Mais ce n’est pas ce que Paul m’a répondu.

Ce qu’il m’a répondu était plus proche de : « Et bien je tire une nouvelle salve ! »

Roulement de dés.

1.

J’ai encore le visage d’Arthur constatant ce chiffre gravé dans ma mémoire. Je pense que lui doit se souvenir de mon sourire mauvais à ce moment-là.

Le vaisseau vrombit, mais le canon ne tire pas. Cid a à peine le temps de se lever pour aller vérifier le pourquoi du comment que la salve part en direction du champ de débris. Droit vers la Caisse.

Retour sur Tarkis, fêtant presque sa victoire. Un grand sourire éclairant sa bouille de soldat fumant perpétuellement un cigare, même dans l’espace, quand la moitié de la Caisse est soudainement vaporisée. L’un des courageux espions Martien est anéanti directement. L’autre peine à se rattacher aux parois de la demi-Caisse.

Cid fait un tour de récupération, et sitôt les deux survivants récupérés, le Major Tariel lui met une grande droite en plein visage sans écouter une seule seconde ses excuses bafouillantes.

Arthur était dépité. Paul était désolé. Mes deux autres joueurs morts de rire.

La morale de cette histoire, c’est qu’un plan ne se déroule jamais sans accroc !

Ecriture : Vincent Chenudet

Relecture : Arthur Aumonier, Nathan Florent

Une réponse à “La Caisse – Souvenir à la table”

  1. Je ne suis pas joueur mais je crois sincèrement pour entendre régulièrement les joueurs rire dans mon salon que les délires sont au rdv et les stratèges se renouvellent sans cesse avec toujours plus de génie

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